Rédigé par Warren Buffett, organisé par Lawrence Cunningham, traduit et annoté par Didier Coutton
Langue : Français Éditeur : Valor Editions Format : Broché - 270 pages ISBN : 978-2-909356-69-14
Un ouvrage de référence
À
ce jour, il existe 59 livres en langue anglaise et 10 en français portant le
nom de Buffett dans le titre de couverture. À l’exception de quelques figures
politiques ou religieuses majeures, aucune autre personne n’a fait autant
parler d’elle de son vivant. Le plus volumineux de ces ouvrages est celui
d’Andrew Kilpatrick : 330 chapitres, 1874 pages, 1400 photos, près de 5
kg ! Parmi tous ces livres, Warren Buffett reconnaît lui-même que le meilleur est
celui-ci. Il faut dire qu’il rassemble de façon organisée toutes ses idées
originales écrites de sa main !
PREFACE
Qui
mieux que Buffett lui-même peut expliquer l’alchimie qui fait son succès ?
Personne. En partant de rien, il est devenu l’homme le plus riche de la terre
et par la même occasion le plus généreux, car sa fortune fera le bonheur de
cinq institutions philanthropiques.
Il
s’est refusé à écrire un manuel de management et d’investissement, comme l’a
fait son illustre mentor Benjamin Graham. Ce qui pouvait être fait de mieux,
c’était de rassembler ce qu’il a pu écrire dans les Lettres aux actionnaires de
Berkshire entre 1980 à 2007. De fait, ce livre deviendra sans doute une
référence.
Buffett
prend manifestement beaucoup de plaisir à rédiger chaque année cette Lettre pour
expliquer sa « philosophie » et justifier ses décisions. Il y aborde
aussi bien la théorie financière que la pratique de l’investissement et du
management. Le talent de l’auteur, Lawrence Cunningham, est d’abord d’avoir
convaincu Warren Buffett de ne pas laisser ses écrits se disperser. C’est ensuite
d’avoir réussi à organiser par thème la « philosophie Buffet » en
reprenant, sans le modifier, le texte des Lettres aux Actionnaires. C’est enfin
d’avoir pu résumer cette philosophie en quelques pages d’introduction.
Deux raisons viennent
expliquer cette nouvelle édition du livre. D’abord, le succès et l’épuisement de
la première édition, qui ne méritait pas d’être rééditée en l’état parce que
depuis la première, publiée en 2002, le monde financier a changé : la
bulle Internet a explosé, les tours du World Trade Center ont vacillés, la
crise financière a éclaté. Dans ses dernières Lettres, Warren Buffett a
naturellement commenté les conséquences financières de ces évènements, mais il
montre aussi qu’il a tous su les anticiper, à l’exception des attentats
terroristes. En ce sens Buffett apparaît comme un prophète financier, voilà
pourquoi on le surnomme l’Oracle ou le Sage d’Omaha.
Cette deuxième édition vient donc compléter la première et en augmenter le
volume d’environ un quart.
Compte tenu de son palmarès
financier, Warren Buffett est connu pour être l’un des meilleurs investisseurs.
Il ne doit pas uniquement sa réussite à ses méthodes d’investissement, il la
doit aussi à ses talents de dirigeant d’entreprise. L’intérêt de ce livre est
de présenter les deux facettes du personnage. À ce titre, il comblera autant
l’investisseur que le dirigeant d’entreprise.
Pour saisir toute la pensée
de Warren Buffett, il importe de connaître l’homme : un personnage à la
fois simple par son style de vie et difficile à pénétrer par sa pensée
anticonformiste; un individu à la fois sans surprise par une loyauté sans
faille, mais étonnant par son aptitude à résister à l’adversité.
Un entrepreneur avant d’être un investisseur
Warren Edward Buffet est né
le 30 août 1930 à Omaha dans le Nebraska, un état agricole au centre des
États-Unis. Son père Howard est issu d’une famille de commerçants. Il
sera agent de change avant de devenir membre du Congrès. Sa femme Leila lui
donne trois enfants : Warren est le deuxième. Il passera toute sa vie à
Omaha dans une maison modeste qu’il achète au début de sa carrière. Il conduit
lui-même sa voiture, il ne fréquente pas les plus beaux palaces, il préfère un
verre de Coke et un hamburger aux meilleurs restaurants, il n’a pas de
téléphone portable ou d’ordinateur. Il est à cent lieues de l’image d’Epinal du
financier. Sans être sportif, il pratique le golf, mais le bridge est son
passe-temps favori.
Le petit Buffett a sans doute
hérité du sens du commerce de son grand-père, épicier, chez qui il travaille
parfois. En tous cas il se lance, encore adolescent, dans la vente de boissons
gazeuses en porte-à-porte. Quand toute la famille
déménage dans la ville de Washington, il devient livreur de journaux. C’est un
succès : il gagne 175$ par mois, l’équivalent d’un salaire à temps plein
alors qu’il est toujours au collège…et suit assidûment les cours. Cette
réussite n’est pas le fruit du hasard. D’abord, pour s’assurer la fidélité de
ses clients, il distribue deux journaux, le Washington Post – dont il sera
plus tard l’actionnaire principal – et son concurrent le Times Herald. Dès
qu’un client résilie son abonnement il a une solution de rechange pour le
garder. Pour ne pas perdre de temps, il organise ses tournées avec la minutie
d’un professionnel. Alors que les enfants de son
âge préfèrent s’amuser, il achète à 11 ans ses premiers titres : 3 actions
Cities Service à 38$, une belle somme pour l’époque. Il se fait une grosse peur
lorsque le titre tombe à 27$ avant de rebondir. Il vend à 40$ pour empocher sa
première plus-value, mais il retiendra sans doute de cette expérience qu’il
faut savoir être patient quand on est sûr de la qualité du titre :
l’action Cities Service atteindra 200$ quelques mois plus tard.
À 14 ans, il achète 16
hectares de terres agricoles dans le Nebraska pour la coquette somme de 1.200$
(l’équivalent de 6 mois de salaire d’un employé). Il met aussitôt en fermage
ses terres. Il s’associe alors avec un ami pour créer une petite entreprise
Wilson Coin Operated Machine Co qui loue des flippers. Buffett préfère le monde de
l’entreprise à celui du lycée. À 17 ans, son père le convainc de rentrer dans
la prestigieuse université de Wharton où il passe 2 ans avant de venir terminer
son cycle d’études dans l’université du Nebraska à Lincoln. En parallèle, il
continue à travailler pour le journal local Lincoln Journal, où il
s’occupe de superviser la distribution du quotidien. Cette expérience dans le
milieu de la presse lui sera sans doute utile quand il investira 25 ans plus
tard dans le secteur des médias. À seulement 19 ans, il se
présente à Harvard. Sa candidature est rejetée, il est trop jeune. Le jury doit
encore s’en mordre les doigts !
Déçu, il se tourne vers l’université de
Columbia à New York où il rencontre Benjamin Graham, son professeur de finance,
qui deviendra plus tard son mentor et lui inspirera sa philosophie. C’est le
tournant de sa vie. Il sort avec un diplôme d’économie en poche.
Une philosophie d’investisseur à l’image de
son style de vie
Warren Buffett débute sa
carrière en 1950 sous la houlette de Benjamin Graham avec qui il travaille
jusqu’en 1956. Il se lance ensuite seul, investit ses propres deniers et
propose à ses premiers clients de gérer leurs investissements en prenant 25%
des plus-values qui excèdent le seuil de 4% de rentabilité. Son objectif :
dépasser de 10 points les performances du Dow Jones. En fait sur la période
1957-1969, ses performances dépasseront de plus de 7 points celles de l’indice
américain.
Autrement dit, en investissant 10.000$ en 1957 sur le Dow Jones,
vous auriez obtenu 15.260 en 1969, en confiant la même somme à Buffett, vous
auriez obtenu dix fois plus. En 1962, il investit dans ce
qu’il reconnaîtra plus tard comme ayant été sa plus grosse erreur : une
entreprise textile – Berkshire Hathaway installée dans le nord-est des
États-Unis. Travailleur, rigoureux et obstiné, il continue sur sa lancé, et
multiplie les acquisitions et prises de participations dans des secteurs dont
il comprend l’activité, dans des entreprises saines et dotées d’une équipe
dirigeante qu’il apprécie.
Buffett n’est pas un
collectionneur de châteaux, de voitures ou d’œuvres d’art. Il dédaigne les
entreprises qui jettent l’argent par les fenêtres ou vivent au-dessus de leurs
moyens. Il y a moins de 20 personnes au siège de Berkshire. Il déteste le
changement, c’est un homme d’habitude, un homme honnête et fidèle. C’est sans
doute ce qui l’a conduit à tenir Berkshire à bout de bras alors que l’industrie
textile était en perte de vitesse pour finalement se résoudre à fermer la
société en 1985. Cette loyauté se reflète aussi dans la relation qui le lie à
son associé de toujours, Charlie Munger, mais aussi avec sa femme Susan.
Pourtant, après 25 ans de mariage, Buffett s’éprend d’Astrid Menks, une
serveuse de café. Il se marie avec elle en 2006, deux ans après le décès de son
épouse légitime. C’était pourtant son épouse Susan qui l’accompagnait en
représentation, qui possédait des participations dans Berkshire Hathaway et qui
était son héritière.
C’est enfin un actionnaire loyal qui investit
pour conserver longtemps les titres. Le rapport qu’il entretient à
l’argent est tout à fait particulier. Peut-on dire qu’il est radin, peut-être.
En tous cas, on raconte qu’il ne lui viendrait pas à l’idée de donner à
ses 3 enfants une somme supérieure à celle qu’il peut déduire de ses impôts.
Et, s’il leur avance un peu d’argent c’est en contrepartie de la signature
d’une reconnaissance de dettes. À sa mort, il veut leur laisser un
« héritage suffisant pour qu’ils puissent tout faire, mais insuffisant
pour qu’ils n’aient pas rien à faire. » Une seule certitude, ce sera
le plus grand philanthrope de tous les temps puisqu’il a prévu par testament de
léguer sa fortune, majoritairement détenue en titres Berkshire, à cinq
fondations caritatives, dont celle présidée par Bill et Medinda Gates.
La philosophie de Buffett
ouvre sans doute de nouveaux horizons au capitalisme moderne et à la théorie
financière. La crise financière vient témoigner de la pertinence de ses
réflexions. D’abord, Buffett considère
que l’actionnaire doit se conduire comme un copropriétaire de l’entreprise, car
il détient un titre de propriété qui lui donne des droits, mais aussi des
obligations qu’il assume rarement. Autrement dit, pour Buffett être
actionnaire, c’est conserver des titres sur la durée et prendre part à la vie
de l’entreprise dans sa participation à l’Assemblée Générale par exemple.
L’actionnariat de Berkshire présente d’ailleurs ces caractéristiques. Ensuite, Buffett estime que
le dirigeant doit se glisser « dans le costume de l’actionnaire »
pour travailler dans son intérêt. Il trouve donc que les rémunérations des
dirigeants sont abusives et ne les motivent pas à créer de la valeur pour
l’actionnaire. Il estime que la communication financière n’est pas transparente
et suffisamment descriptive de la réalité de l’entreprise.
Avec des principes de
« capitalisme actionnarial » Buffett remet au goût du jour le capitalisme
d’antan – celui de l’entreprise familiale – en estimant que même les sociétés
cotées peuvent s’y convertir. Buffett s’en prend aussi violemment
à la théorie financière en montrant qu’elle ne tient pas ses promesses en
raison d’hypothèses qui ne se vérifient pas toujours dans la réalité. Les
marchés financiers ne sont pas totalement efficients, donc il s’appuie sur les
anomalies entre valeur de marché et valeur intrinsèque pour investir en prenant
une marge de sécurité comme le lui a appris Benjamin Graham. Le risque
financier mesuré par le Bêta ne traduit pas vraiment le risque économique réel,
donc il s’appuie sur cette mauvaise appréciation du risque pour investir quand
les marchés ont peur et rester à l’écart quand ils sont euphoriques.
En ce qui concerne la traduction
Traduire Buffett est un
honneur pour un financier, au même titre qu’un psychanalyste serait flatté de
traduire Freud. C’est aussi un plaisir, car Buffett possède le talent de rendre
simple la complexité comptable et financière, de rendre agréable la lecture de
documents financiers qui n’ont pas cette réputation, de rendre humoristique des
sujets très sérieux et de rendre clair des concepts obscurs.
Traduire Les Ecrits de
Warren Buffett est également empreint de difficultés. En effet, il fait de
nombreuses références à la culture américaine, il utilise souvent des figures
de style (métaphore et hyperbole notamment), il crée de nouvelles notions
financières, il s’exprime parfois au second degré. Enfin, son écriture n’est
pas toujours très fluide, car ses textes ont sans doute été enregistrés au
dictaphone ou dictés à sa secrétaire. Le style Buffett n’a donc rien
d’académique ou de littéraire. La volonté de Buffett est
d’être clair et sobre, celle de l’auteur, Larry Cunningham, a été de veiller à
la cohérence dans la composition de ce puzzle d’idées et de réflexion. La
mienne a été de rester fidèle aux deux, tout en annotant le texte pour que le
lecteur francophone puisse comprendre les idées de Buffett dans leur contexte
culturel et temporel. Chaque chapitre est indépendant, le lecteur pourra donc
les parcourir dans l’ordre qu’il souhaite après avoir parcouru l’introduction.
Enfin, pour une lecture rapide, les paragraphes importants, les idées clés ou
les petites phrases de Buffett sont en caractères gras. Un vrai bonheur.